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LE SYSTEME OLFACTIF
Pr. André
Holley |
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Si la vision nous renseigne sur l'apparence des choses et des
êtres, leur surface sur laquelle joue la lumière,
l'odorat nous livre quelque chose de leur substance intime. La
fleur n'a de parfum que si elle laisse diffuser un peu d'elle-même
dans l'air qui l'environne. Car l'odeur n'est pas une mystérieuse
radiation. Elle naît lorsqu'un peu de la substance des
choses, portée par les courants aériens, rencontre
quelques-unes des millions de cellules qui forment notre appareil
olfactif dans les profondeurs des fosses nasales. |
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La cellule réceptrice est un neurone. Neurone un peu
particulier, cependant, puisque son pôle périphérique,
la dendrite, porte une touffe de cils qui flottent dans un mucus
aqueux. Neurone particularisé également par sa
position avancée aux confins de l'organisme qui l'expose
plus que tout autre aux atteintes des vapeurs toxiques et des
microbes. En contrepartie de sa situation périlleuse,
il jouit d'un statut spécial, celui d'être remplacé
quant il est détruit.
Le neurone consacre une partie de ses gènes à
commander la synthèse de grosses molécules, les
protéines réceptrices, quil place dans la
membrane de ses cils. Ces récepteurs moléculaires
sont nombreux et assez variés pour reconnaître un
grand nombres de substances odorantes. Du contact des molécules
avec la membrane des cils, un signal naît. Il s'ensuit
une cascade d'événements chimiques et électriques
qui engendrent un train d'influx, le message nerveux, cheminant
le long dun fin prolongement du neurone, laxone,
en direction du cerveau.
Lorsque le neurophysiologiste insère une micro-électrode
parmi les neurones olfactifs, il peut, avec quelque chance, capter
le message que délivre l'un d'entre eux. Décoder
ce message n'est pas chose facile. Cest que les récepteurs
ne sont pas très sélectifs dans leurs réactions
aux molécules odorantes et les neurones transmettent bien
souvent le même message pour signaler la présence
sur leurs cils de molécules pourtant tout à fait
différentes. Cependant, certains distinguent ce que d'autres
confondent, et au total la population réalise très
bien ce que les unités ne savent pas faire individuellement:
fournir au cerveau un message non ambigu, spécifique de
la nature - ou qualité - de la substance odorante que
la respiration ou le flairage a introduite dans la cavité
nasale.
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C'est le bulbe olfactif qui accueille, à l'entrée
du cerveau, le message porté par les millions daxones
composant le nerf olfactif. En quelques milliers de points, les
glomérules, les terminaisons des neurones récepteurs
rencontrent des neurones-relais (les cellules mitrales) en nombre
mille fois moindre, et leur communiquent leur excitation. De
cette convergence, le système tire un accroissement de
sensibilité.
Le mélange et la confusion des messages pourraient
résulter de cette convergence. Ce n'est pas le cas, car
une règle simple régit le regroupement des axones.
Seuls sassemblent dans un glomérule les axones de
cellules réceptrices qui portent la même variété
de récepteurs dodorants, et donc sont excités
par les mêmes substances. De plus, des circuits nerveux
internes au bulbe instaurent entre les neurones-relais des relations
d'inhibition de voisinage grâce auxquelles les neurones
les plus actifs imposent le silence à ceux qui ne le sont
que faiblement. Le message bulbaire est ainsi façonné
dans le sens d'une plus grande clarté et aussi d'une plus
grande spécificité.
Ainsi, dans le bulbe olfactif comme à la périphérie
du système, chaque odeur est représentée
par l'activité d'un ensemble spécifique de neurones.
Seulement, dans le bulbe, l'information emprunte un nombre beaucoup
plus faible de canaux et elle gagne en précision ce qu'elle
perd en nuances.
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Les neurones olfactifs ne sont pas disposés au hasard.
Dans lépithélium olfactif comme dans le bulbe
olfactif ils sont regroupés selon leur type de sensibilité.
A toute odeur correspond donc une carte particulière qui
s'inscrit dans les couches neuronales. Imaginons un instant que
les neurones émettent un signal lumineux lorsqu'un influx
nerveux les envahit. Un motif ou "image olfactive"
s'éclairerait alors chaque fois que la simple respiration
ou le flairage actif conduirait des molécules odorantes
à la surface des récepteurs. Il est maintenant
possible de rendre visible "l'image" de certaines odeurs. |
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Cette façon de considérer le support nerveux
de l'odeur comme une "image " d'activité a le
mérite de suggérer que le cerveau pourrait traiter
le message olfactif comme les systèmes informatiques traitent
les formes et les reconnaissent. Cette hypothèse guide
les recherches qui s'efforcent de déterminer comment opère
le cerveau olfactif pour discriminer les odeurs les unes des
autres, les conserver en mémoire et les reconnaître
même après un très long délai.
L'image olfactive bulbaire n'est pas statique et le bulbe
n'est pas un simple relais. Pour commencer les opérations
de traitement de l'image, le bulbe reçoit de plusieurs
régions du cerveau des messages de contrôle qui
lui parviennent par des voies dites centrifuges. Ces voies modulent
très profondément les réponses des neurones
aux odeurs ; elles façonnent donc l'image olfactive. Par
leur intermédiaire, la vigilance du sujet, son intérêt
pour l'odeur, sa faim, son désir, interfèrent avec
la transmission du message.
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Quel bénéfice le cerveau tire t-il de son intervention
si près de l'entrée sensorielle ? On pense, bien
sûr, à un tri de l'information, à une facilitation
sélective des messages les plus signifiants, particulièrement
lorsqu'ils sont brouillés par des signaux de moindre intérêt.
Bien des questions restent posées sur le fonctionnement
du bulbe olfactif et, bien plus encore, sur les autres régions
du cortex olfactif, du thalamus, du néo-cortex frontal
et du système limbique qui poursuivent l'analyse du message,
l'associent aux autres données sensorielles et chargent
l'odeur d'une valeur affective. Les développements de
limagerie cérébrale permettent désormais
de repérer les zones du cerveau qui sactivent quand
un sujet sent une odeur et confronte sa perception au reste de
sa vie mentale.
La polarité affective des odeurs qui sont bonnes ou
mauvaises et rarement indifférentes nous renvoie aux parfums.
L'hédonisme de la perception olfactive a un profond enracinement
biologique. Le plaisir sensoriel est sans doute le moyen que
l'Evolution a trouvé pour guider, sans les contraindre,
les organismes supérieurs vers les sources de mieux-être,
vers les choses et les êtres dont il est bon de s'approcher
pour accroître ses chances de survivre et de produire une
descendance. L'odorat qui nous renseigne sur la substance des
choses est, naturellement, le meilleur messager du bonheur promis
ou du danger qu'il faut fuir.
L'homme, bien sûr, a compliqué tout cela. Lorsqu'il
crée des formes olfactives originales par le mélange
équilibré de constituants dont la vie biologique
n'a que faire, le parfumeur pénètre dans le domaine
de l'art. Le signe olfactif ne renvoie plus à la substance.
Le signifiant est exalté, le signifié déplacé.
Mais il reste que l'artiste en parfumerie ne parviendrait pas
à nous émouvoir à ce point s'il ne s'adressait
qu'à notre esprit. Quelque part dans notre système
limbique les notes olfactives ébranlent des fibres qui
ont été placées là bien longtemps
avant qu'un être vivant ait conçu l'idée
de les faire vibrer pour son pur plaisir.
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